L’insuffisance rénale chronique (IRC) est un problème majeur de santé publique.

Plusieurs études ont estimé la prévalence de cette pathologie dans la population.

En France, l’enquête prospective Mona Lisa a été menée entre 2006 et 2007 dans trois régions françaises, chez près de 5000 participants âgés de 35 à 74,9 ans tirés au sort sur liste électorale.  La prévalence de l’IRC dans la population française, définie comme un débit de filtration glomérulaire (DFG) inférieur à 60 ml/min/1,73m², a été évaluée à 8,2% (intervalle de confiance à 95 % : 7,4–8,9 %). Cependant, la population sélectionnée étant jeune et aucun patient insuffisant rénal sévère et terminal n’ayant participé à l’enquête, il est probable que la prévalence de l’IRC en France soit plus importante (1). En effet, dans une autre étude française, l’étude des 3 Cités réalisée chez plus de 9000 patients, 13,7% des patients avaient un DFG inférieur à 60 ml/min/1,73m². Cependant, cette étude a été réalisée chez des sujets âgés de 65 ans ou plus, donc la prévalence dans la population générale est probablement inférieure (2). A plus grande échelle, aux Etats-Unis, l’étude NHANES a montré que 13% de la population américaine présentait une maladie rénale de stade 1 à 4. Ainsi, 26 millions d’américains ont une maladie rénale, avec une augmentation du nombre de cas de 30% en 15 ans (3). Une simulation sur la base de ces résultats a estimé que plus d’un américain sur deux âgé de 30 à 64 ans en 2015 développerait au cours de sa vie une maladie rénale chronique (4).

L’IRC est donc fréquente, cependant elle est mal diagnostiquée. Lors de leur première visite chez le néphrologue, plus de la moitié des patients sont déjà insuffisants rénaux sévères, ce qui entraîne une moins bonne prise en charge de la maladie avec une progression sans doute plus rapide que si les patients avaient bénéficié plus tôt d’un suivi néphrologique (5).

Par ailleurs, les patients insuffisants rénaux sont souvent polymédiqués. Dans l’étude des 3 Cités, les patients prenaient en moyenne 4,4 médicaments et plus de 10% de ces patients prenaient au moins un médicament nécessitant une adaptation posologique à leur fonction rénale. Chez les patients insuffisants sévères et dialysés (DFG inférieur à 30ml/min/1,73m²), ce sont plus de 96% des patients qui prenaient au moins un médicament dont le dosage nécessitait une adaptation à leur fonction rénale (2).

Or une mauvaise adaptation posologique à la fonction rénale peut entraîner un surdosage médicamenteux chez le patient IRC, avec apparition d’effets indésirables. En effet, chez ces patients, la pharmacocinétique des médicaments peut être modifiée (voir Rappel-généralités)

Les patients IRC sont également plus à risque de développer une néphrotoxicité médicamenteuse.  Or la néphrotoxicité médicamenteuse n’est pas un problème rare : selon les résultats de l’étude prospective EMIR menée en 2007 par le réseau des centres régionaux de pharmacovigilance de Bordeaux, l’incidence des hospitalisations suite à un effet indésirable médicamenteux est de 3,60% (6). Plus particulièrement, la toxicité rénale induite par les médicaments représente 15 à 27% des cas d’insuffisance rénale aiguë recensés à l’hôpital. Afin de prévenir ces cas de néphrotoxicité et de mieux prendre en charge ces patients, il est essentiel de connaitre les médicaments entraînant ces effets rénaux (7).

 

 

 

Bannière_Inscrivez-vous_728x90_2

 

 

 

Références :

(1) Bongard V, Dallongeville J, Arveiler D, Ruidavets JB, Cottel D, Wagner A, Ferrières J. [Assessment and characteristics of chronic renal insufficiency inFrance]. Ann Cardiol Angeiol (Paris). 2012; 61(4):239-44.

(2) Breton G, Froissart M, Janus N, Launay-Vacher V, Berr C, Tzourio C, Helmer C, Stengel B. Inappropriate drug use and mortality in community-dwelling elderly with impaired kidney function–the Three-City population-based study. Nephrol Dial Transplant. 2011;26(9):2852-9.

(3) Coresh J, Selvin E, Stevens LA, Manzi J, Kusek JW, Eggers P, Van Lente F, Levey AS. Prevalence of chronic kidney disease in the United States. JAMA. 2007Nov 7;298(17):2038-47.

(4) Hoerger TJ, Simpson SA, Yarnoff BO, Pavkov ME, Ríos Burrows N, Saydah SH, Williams DE, Zhuo X. The future burden of CKD in the United States: a simulation model for the CDC CKD Initiative. Am J Kidney Dis. 2015;65(3):403-11.

(5) Service ICAR

(6) Bénard-Laribière A, Miremont-Salamé G, Pérault-Pochat M-C, Noize P, Haramburu F, the EMIR Study Group on behalf of the French network of pharmacovigilance centres. Incidence of hospital admissions due to adverse drug reactions in France: the EMIR study. Fundam. Clin. Pharmacol. 2014.

(7) Taber SS, Pasko DA. The epidemiology of drug-induced disorders: the kidney. Expert Opin. Drug Saf. 2008; 7:679–690.

 

Mise à jour 23/04/2016

 

Ce site respecte les principes de la charte HONcode de HON Ce site respecte les principes de la charte HONcode.
Vérifiez ici.

Chercher uniquement dans des sites web de santé HONcode de confiance :