La prévalence de l’insuffisance rénale est élevée chez les patients atteints de cancer.  En France, les études IRMA 1 et 2 (Insuffisance Rénale et Médicaments Anticancéreux) ont estimé le débit de filtration glomérulaire (DFG) de plus de 10 000 patients atteints de cancer[1,2]. Plus de la moitié de ces patients avaient un DFG inférieur à 90 ml/min/1,73m², soit 52,9% et 50,2% respectivement dans IRMA-1 et IRMA-2, et 12,0% et 11,8% avaient un DFG inférieur à 60 ml/min/1,73m², correspondant au stade 3 de la maladie rénale telle que définie par les recommandations internationales[3](+ voir généralités pour la définition de la maladie rénale chronique). Chez les patients atteints d’un cancer du rein, cette prévalence s’élevait à 87% et 26% pour des DFG inférieurs à 90 et 60 ml/min/1,73m² respectivement, dans une cohorte de 662 patients ayant une tumeur corticale en attente de néphrectomie partielle ou totale[4]. D’autres études en Belgique[5], au Japon[6]et aux Etats-Unis [7]ont également mis en évidence une prévalence élevée d’insuffisance rénale définie par un DFG inférieur à 60 ml/min/1,73m², de 16,1% à 25,0% des patients porteurs de différents types de tumeurs  solides.

Par ailleurs, l’incidence des cancers est élevée chez les patients insuffisants rénaux. En effet, dans une cohorte de 3654 participants, il a été montré que les hommes ayant une insuffisance rénale de stade 3 avait un risque significativement plus élevé de cancer, et ce, dès 55 ml/min/1,73m². Ce risque augmentait de 29% à chaque diminution de 10 ml/min/1,73m² de DFG[8].

Le taux de survie est également plus faible chez les patients insuffisants rénaux atteints de cancer. Dans l’étude IRMA-2, les patients insuffisants rénaux avec un DFG inférieur à 60 ml/min/1,73m² lors de l’inclusion avaient un taux de mortalité accru de 27% et 43%, selon que l’on se plaçait dans la population générale où celle porteuse de tumeurs non métastatiques[2]. D’autres études au Japon et en Corée ont également rapporté que l’insuffisance rénale était associée à un taux de survie plus bas chez les patients atteints de cancer[6,8]. L’étude coréenne a montré que l’insuffisance rénale était un facteur prédictif indépendant de mortalité liée au cancer, avec un taux de mortalité augmentant plus le DFG diminuait [8]. Ce taux de survie plus bas observé chez les patients insuffisants rénaux atteints de cancer peut s’expliquer par une morbi-mortalité cardiovasculaire plus élevée chez ces patients, comme cela a été démontré dans la population générale[9], ainsi que par un mauvais maniement des chimiothérapies chez ces patients[10].

Ainsi, l’évaluation de la fonction rénale est essentielle en oncologie, afin d’adapter la posologie des chimiothérapies pour garantir une balance bénéfice/risque favorable (voir généralités). Une bonne connaissance des médicaments à risque de néphrotoxicité ainsi que les mesures de prévention est également indispensable, quel que soit le niveau de fonction rénale (disponible sur l’onglet toxicité rénale).

 

 

Références bibliographiques :

1.            Launay-Vacher V, Oudard S, Janus N, et al. Prevalence of Renal Insufficiency in cancer patients and implications for anticancer drug management: the renal insufficiency and anticancer medications (IRMA) study. Cancer 2007; 110:1376–1384.

2.            Launay-Vacher V. Epidemiology of chronic kidney disease in cancer patients: lessons from the IRMA study group. Semin. Nephrol. 2010; 30:548–556.

3.            Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) CKD Work Group. KDIGO 2012 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney Inter Suppl 2013 3 1-150

4.            Huang WC, Levey AS, Serio AM, et al. Chronic kidney disease after nephrectomy in patients with renal cortical tumours: a retrospective cohort study. Lancet Oncol. 2006; 7:735–740.

5.            Janus N, Launay-Vacher V, Byloos E, et al. Cancer and renal insufficiency results of the BIRMA study. Br. J. Cancer 2010; 103:1815–1821.

6.            Nakamura Y, Tsuchiya K, Nitta K, Ando M. [Prevalence of anemia and chronic kidney disease in cancer patients: clinical significance for 1-year mortality]. Nihon Jinzo Gakkai Shi 2011; 53:38–45.

7.            Canter D, Kutikov A, Sirohi M, et al. Prevalence of baseline chronic kidney disease in patients presenting with solid renal tumors. Urology 2011; 77:781–785.

8.            Wong G, Hayen A, Chapman JR, et al. Association of CKD and cancer risk in older people. J. Am. Soc. Nephrol. JASN 2009; 20:1341–1350.

9.            Go AS, Chertow GM, Fan D, McCulloch CE, Hsu C. Chronic kidney disease and the risks of death, cardiovascular events, and hospitalization. N. Engl. J. Med. 2004; 351:1296–1305.

10.          Launay-Vacher V. Cancer and the kidney: individualizing dosage according to renal function. Ann. Oncol. Off. J. Eur. Soc. Med. Oncol. ESMO 2013; 24:2713–2714.

 

Mise à jour 08/04/2016

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